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    Les Matins sereins

     

    J’aime la tiède pluie, le vent, 

    Les fleurs épanouies,

    Ce sont les mots Satin 

    D'une Aube née sur les champs ; 

    J'aime sa brume qui gémit

    Aux fonds des sillons pleins.

     

    J’aime vos rêves indolents,

    Le flot d’une lune sereine;

    J’aime le rire des enfants

    Quand le jeune jour étincelle,

     

    Les bords d’un ciel sans rage

    Quand tombe la fine rosée 

    Pleine des pleurs insoumis.

    Les étoiles aussi, nées

    Dans la Semence qui passe,

    Tremblent au son de mes bruits.

     

    Et puis le chant ému

    Du vent fier entrainé

    A pousser l’effluve pur

    Des fleurs enivrées.

     

    J’aime l’herbe trempée d’écume,

    Le silence réveillé 

    Par un bruit qui émarge ;  

    J’aime sentir l’air sans fard

    Frissonner dans l’Azur

    Quand glisse l’Astre éclairé.

     

    Mais j’aime, avant toute chose, 

    L’éclat bleu d’un regard 

    Plein de silence sans mots,  

    Plein des troubles qui seuls égarent… 

     

    Jean-Pierre

     


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    Les Yeux de l’Outre-tombe

     - la Résurection -

     

     

    J’aimais dans le monde impartial

    Voir les Vers en mon corps osseux;

    Sentir l’humide plaine au ventre noir

    Brûler la loque de ma peau fade;

    Entendre le cri des bois sans cieux

    Pourrir dans le sol froid et moite.

    Dans des linceuls emplis de sommes                                                                 Murmurent les épidermes poudreux                                                                         Quand pleurent nos morts, plein de douleur ;                                                       Quand des Croix, en ces mondes sans Dieux,                                                           Abreuvent de pureté milles tristes aïeux.

    Vous, mortels, toisez dans le creux

    De ces puits l’Oeil au large regard

    Plongé vers un monde sans nuage

    Malgré des terres lourdes et boueuses.

     

    Quand nos corps veillés de démons

    Descendront l’escalier des plaintes,

    Quand les vermines, pleines de nos chairs,

    Tapineront dans l’Outre-tombe,

     

    Quand les fleurs posées sur nos pierres

    Embaumeront votre monde serein,

    Laissez la mort au bec glabre

    Dépecer nos cadavres assagis,

     

    Laissez la nuit tombe silencieuse

    Endormir nos restes poussièreux.

    Les heures écument les immondices,

    Cela est-il un beau présage ?

     

    Jean Pierre

     


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    Le Quai des oubliés

     

    Crevez l’Outre de tous les vents salés

    Laissant aux bords de noires rues pavées

    Nos fragiles fétus déguenillés ;

    Ils sont l’Oiseau à l’aile opprimée.

    Les Dieux n’ont-ils pas à la rosée

    Offertent une fleur issue d'un brasier ?

    Mais l’Impur meurt, pris dans son pécher,

    D'une langue alourdie et échangée.

     

    Verlaine, doux ami de l’Aliéné !

    Dans ta meurtrière absinthe, blessé

    Au corps par le dague de l’Effronté,

    Tu laissas au fond des bars les jets

    De ton mal, poèmes empoisonnés.
    Ton membre brûle dans mille mains débauchées

    Quand des éphèbes, aux mœurs avancées,

    Ouvrent leurs braies pleines de verges affamées,

     

    Quand leurs doigts sur les glaives maculés

    Se souillent de semences éjaculées.

    L’ombre de ces râles toujours empierrés

    Sur mille quais m’attriste. Ces lourds troubles, nés

    Aux détours de soirs perturbés,

    Emeuvent mon lit où je dors blessé.

    J’entends leurs troubles complaintes éprouvées

    Quand du puits sort la jouissance saoulée.

     

    Même la nuit, quand la pluie trempe l’orée

    De ces envies, ivre du charme osé,

    Voit l’amant solitaire éploré

    Dans l’attente; son pieu roide gonfle mouillé.

    Hô froid ! adoucit, pleur, prend pitié

    Quand des mains moites, aux doigts esseulés,

    Tant brulent la chair en le noir des quais;

    Quant au loin naissent seuls les Echo usés.

     

    Oh Verlaine ! Pleure dans ta tombe esseulée

    Puisque ton corps, dans ta tourmente troublée,

    Toujours suinte. Voit ces désemparés,

    Hommes nus, vers pourrissants oubliés

    Dans l’enfer de ruelles dépravées ;

    Soit l’amant de ces êtres effrontés,

    Soit cette main impure tant cherchée...

    Puis toujours mille verges chutent, seules et usées.

     Jean-Pierre. Automne 1996


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    Les rêves Marcelins

     

    Que devient le ciel sur les Monts bleus

    Sombrant dans l’abysse ténébreux ?

     

    Il me revient à la mémoire

    Une danse enivrante et lunaire,

    Votre regard orné de lumière

    Ou l’ange allume les jeunes étoiles

    Et vos bras pleins d’ivresses gourmandes;

    Et votre peau vêtue du satin

    Que jalouse l’intrépide matin.

    Je me souviens d’un rêve…Silence !

    Le ciel écoute la valse sans bruit

    De nos pas dans l’Hymne sensuel

    Mais regardez, tendre fruit charnel,

    Le noir envieux qui se languit.

     

    Ecoutez le jour coléreux

    Impatient et impétueux.

     

    Il me revient à la mémoire

    Une nuit saoule, ivre de ma jeunesse…

    J’entends votre joie magicienne

    Quand j’ai cueilli dans le Grimoire

    La plus belle des Eternités

    Pour vous vêtir d’Or et d’Azur ;

    Notre danse, comme un fruit frais et mur

    Abreuvant les dieux séculiers

    Parfume encore le doux présent.

    Et si la jeune lueur sauvage (1)

    Etouffe notre temps dans son sillage...

    Qu'importe, l’Espoir est mon offrande.

     

    Le jour se soulève silencieux

    Irisant le ciel de notre feu.

     

    Pour Marcelle.  Dimanche premier Février 1998.

    Jean-Pierre

     (1) le temps qui passe


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    La Putain des rues

     

    Mais hurle donc, jeune putain des rues

    Quand la pluie bruine et ose entreprendre

    Les courbes chemins incestueux

    De ton corps si plein d’amertume ;

    Quand seule l'acide froideur des vents

    Blesse de ton cul la fesse soucieuse...

     

    La frêle teinte de ta chair, si pâle,

    Embrase l’Heure d'une crue Solitude

    Quant sur la blancheur de ta plaine

    S’abreuvent deux mains rudes sans sillage;

    Percent alors les aboiements bruts

    De mille gueux saoulés de vos sels.

     

    Ecoutez la colère des soirs

    Quand des pierres, trop sollicitées,

    Ploient sous ces fesses silencieuses ;

    Quand nos ombres fades, amers miroirs,

    Tend l’Appât aux gars embrumés ;

    Quand pleurent des yeux impurs ou pieux.

     

    Nos cordes raclent et trop enveniment

    La frêle couche où meurent leurs enfants

    Laissant en elles une peur profonde.

    Leurs vies lasses en silence s’épuisent

    Sous nos pieux si avilissants.

    Leurs espoirs morts seuls me rongent...

     

    Laisse la vile morsure et l’ivresse

    Des épanchés au gris bitume ;

    Laisse tous ces ventres inassouvis

    Vomirent leurs envies trop sereines;

    Prend seul, dans mon doux crépuscule,

    Mon songe né pour toi qui supplie.

     

    Pour toi, pour vous. Jean-Pierre

     


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