•  

    L’Eternité

     

    Je voulais dessiner sur l’air Fripon

    Le tendre mot, soulever le voile nu

    Du jeune jour étirant sa brume

    Et verser en terre le chant d’un songe ;

     

    Je voulais creuser le lit des rivières

    Pour semer dans une eau limpide et claire

    Le reflet d’une saison couleur de neige,

    Pour parsemer au vent l’onde pâle d’hier ;

     

    Je voulais plier le temps mécréant

    Et flotter dans l’averse des jours sans bruit,

    Tailler l’épine où tombe le cheveu blanc,

    Vendre les heures passées à trop vieillir ;

     

    Je voulais cueillir le rêve à la berge

    Elevée, entendre le bruit céleste

    Du vent soulevant l’oiseau dans ses ailes,

    Ecouter la pluie d’où l’on tire la grêle ;

     

    Je voulais aimer le monde altier

    Et frustrer le sol de sa sève sans nom ;

    Parfumer la terre où reste seul l’aiglon

    Quand l’aile tirée, sur la glèbe tombe blessée

     

    Mais je ne puis qu’aimer la douce tête

    Penchée sur mes heures fragiles et si frêles ;

    Je ne puis qu’aimer le sein éternel

    De ma tendre Maman, toujours si belle.

     

    Pour ma tendre Maman. Octobre 1993.

     

    Jean-Pierre

     


    votre commentaire
  •  

    Les Enfants sans nom

     

    Ecoutez notre clameur quant tant de nos fruits légers

    S’écoulent en les creux de ventres rougis par les Epées,

    Quand vos gouffres, inassouvis, recueillent nos grains semés.

    La nuit râle et les corps glissent en des humus ouatés.

     

    Mais des calices, trop sereins, regorgent de vies sans sève

    Le poison piétinant les Semences livrées, offertes

    En holocauste à la nudité de sèches Déesses.

    La nuit se trouble et se noie en un fait sacrilège.

     

    Je vous rejette tant ! Dans ces ventres emplis de torpeur

    Nos membres s’éreintent en une coupe assassine, puis se leurrent

    Aux rivages de cruelles lèvres quand meurent nos frêles liqueurs;

    Nos enfants sans visage ainsi meurent sur l’Autel de vos peurs.

     

    Nos corps chutent et se noient dans ces puits, Ô désespoir!

    Emplis de larmes tièdies nées d'offrandes tombées au soir.

    Pleurez, enfants nés d’un rêve éphémère et sans voix,

    Pleurez sur le marbre froid de l'un de ces corps sans foi.

     

    Ô mon enfant ! Dans  mon temple (1) si plein de rêves impies

    Rejoint mon cri de jouissance bien amère et si triste

    Et noie les flammes de ces couches enlacées mais si vides ;

    Je veux brûler au seul creuset où ma semence puise.

     

    Jean-Pierre.  Poème corrigé le 18/02/2013

     

     

     (1) poésie


    votre commentaire
  •  

    Les Matins sereins

     

    J’aime la tiède pluie, le vent, 

    Les fleurs épanouies,

    Ce sont les mots Satin 

    D'une Aube née sur les champs ; 

    J'aime sa brume qui gémit

    Aux fonds des sillons pleins.

     

    J’aime vos rêves indolents,

    Le flot d’une lune sereine;

    J’aime le rire des enfants

    Quand le jeune jour étincelle,

     

    Les bords d’un ciel sans rage

    Quand tombe la fine rosée 

    Pleine des pleurs insoumis.

    Les étoiles aussi, nées

    Dans la Semence qui passe,

    Tremblent au son de mes bruits.

     

    Et puis le chant ému

    Du vent fier entrainé

    A pousser l’effluve pur

    Des fleurs enivrées.

     

    J’aime l’herbe trempée d’écume,

    Le silence réveillé 

    Par un bruit qui émarge ;  

    J’aime sentir l’air sans fard

    Frissonner dans l’Azur

    Quand glisse l’Astre éclairé.

     

    Mais j’aime, avant toute chose, 

    L’éclat bleu d’un regard 

    Plein de silence sans mots,  

    Plein des troubles qui seuls égarent… 

     

    Jean-Pierre

     


    votre commentaire
  •  

    Les Yeux de l’Outre-tombe

     - la Résurection -

     

     

    J’aimais dans le monde impartial

    Voir les Vers en mon corps osseux;

    Sentir l’humide plaine au ventre noir

    Brûler la loque de ma peau fade;

    Entendre le cri des bois sans cieux

    Pourrir dans le sol froid et moite.

    Dans des linceuls emplis de sommes                                                                 Murmurent les épidermes poudreux                                                                         Quand pleurent nos morts, plein de douleur ;                                                       Quand des Croix, en ces mondes sans Dieux,                                                           Abreuvent de pureté milles tristes aïeux.

    Vous, mortels, toisez dans le creux

    De ces puits l’Oeil au large regard

    Plongé vers un monde sans nuage

    Malgré des terres lourdes et boueuses.

     

    Quand nos corps veillés de démons

    Descendront l’escalier des plaintes,

    Quand les vermines, pleines de nos chairs,

    Tapineront dans l’Outre-tombe,

     

    Quand les fleurs posées sur nos pierres

    Embaumeront votre monde serein,

    Laissez la mort au bec glabre

    Dépecer nos cadavres assagis,

     

    Laissez la nuit tombe silencieuse

    Endormir nos restes poussièreux.

    Les heures écument les immondices,

    Cela est-il un beau présage ?

     

    Jean Pierre

     


    votre commentaire
  •  

    Le Quai des oubliés

     

    Crevez l’Outre de tous les vents salés

    Laissant aux bords de noires rues pavées

    Nos fragiles fétus déguenillés ;

    Ils sont l’Oiseau à l’aile opprimée.

    Les Dieux n’ont-ils pas à la rosée

    Offertent une fleur issue d'un brasier ?

    Mais l’Impur meurt, pris dans son pécher,

    D'une langue alourdie et échangée.

     

    Verlaine, doux ami de l’Aliéné !

    Dans ta meurtrière absinthe, blessé

    Au corps par le dague de l’Effronté,

    Tu laissas au fond des bars les jets

    De ton mal, poèmes empoisonnés.
    Ton membre brûle dans mille mains débauchées

    Quand des éphèbes, aux mœurs avancées,

    Ouvrent leurs braies pleines de verges affamées,

     

    Quand leurs doigts sur les glaives maculés

    Se souillent de semences éjaculées.

    L’ombre de ces râles toujours empierrés

    Sur mille quais m’attriste. Ces lourds troubles, nés

    Aux détours de soirs perturbés,

    Emeuvent mon lit où je dors blessé.

    J’entends leurs troubles complaintes éprouvées

    Quand du puits sort la jouissance saoulée.

     

    Même la nuit, quand la pluie trempe l’orée

    De ces envies, ivre du charme osé,

    Voit l’amant solitaire éploré

    Dans l’attente; son pieu roide gonfle mouillé.

    Hô froid ! adoucit, pleur, prend pitié

    Quand des mains moites, aux doigts esseulés,

    Tant brulent la chair en le noir des quais;

    Quant au loin naissent seuls les Echo usés.

     

    Oh Verlaine ! Pleure dans ta tombe esseulée

    Puisque ton corps, dans ta tourmente troublée,

    Toujours suinte. Voit ces désemparés,

    Hommes nus, vers pourrissants oubliés

    Dans l’enfer de ruelles dépravées ;

    Soit l’amant de ces êtres effrontés,

    Soit cette main impure tant cherchée...

    Puis toujours mille verges chutent, seules et usées.

     Jean-Pierre. Automne 1996


    1 commentaire