• - Mais quelques informations au préalable...

    Les officiers seigneuriaux

     

    Avant d’aborder les baux originels réalisés au sein du prieuré du Pont à Dinan nous vous devons quelques informations sur les officiers seigneuriaux ayant gérés hier la gestion des biens temporels relevant des prieurés ou monastères. Ce chapitre reprendra donc aussi de ce fait certains de ces mêmes officiers ayant eux oeuvrés il y a bien longtemps à la gestion des biens propres à notre prieuré.

    Comme toutes les seigneuries laïques les seigneuries religieuses ou ecclésiastiques avaient elles aussi en effet leurs propres coutumes régulières, ou droits ancestraux, que ces derniers aient été des droits fiscaux, administratifs ou autres encore. Le prieuré du pont à Dinan détenait donc un bailliage lequel,  possédant une étendu géographique propre à son fief, relevait de ce fait de la justice et des droits seigneuriaux appliqués par ce même prieuré celui-ci possédant en effet la basse, la moyenne et la haute justice. Absents loin de leur prieuré ou monastère respectif, puisque résidant souvent en leur propre seigneurie ou bien en les murs même de leur grand monastère ou abbaye mère, les prieurs commendataires étaient en leurs dits prieurés représentés par tout un ensemble d’officiers seigneuriaux "délégués" chacun ayant ainsi la gestion d’une charge spécifique telle celle de la justice ou bien celle de la fiscalité par exemple.

    Autour des affaires du prieuré du Pont à Dinan et donc de ses baux et rolles,  représentants le prieur du moment, nous  avons  ainsi rencontré régulièrement en les affaires du dit prieuré les personnages suivants :

    - Le fermier général dit aussi le Receveur : [le premier fermier général du prieuré du pont cité par les écrits sera Nicollas Rolland sieur de la  Vieille fosse et sieur des Croix en Lanvallay. Celui-ci, riche marchand, petit-fils du seigneur du Chesne Ferron en Calorguen,  arrière petit-fils du seigneur de la Garaye en Taden, sera aussi le propre beau-frère de Macé Marot lequel, sieur du Chemin neuf, était aussi le procureur fiscal de notre dit prieuré. Hormis Nicolas Rolland seront aussi cités "fermier général du prieuré" moult personnes. Parmi ceux-ci nous pouvons toutefois nommé Jan Hamon notable de Dinan en 1612 et Pierre Salmon lequel fut probablement l'un des  dernier "fermier général" du prieuré celui-ci décédant peu avant la Révolution française. Pierre Salomon laissera la plus grande correspondance jamais écrite établie entre l"un des fermiers généraux du prieuré et la Grand monastère de Tours ou de Marmoutier].

    - Le Procureur fiscal : [En 1626, probablement successeur de Macé Marot, sera cité comme étant "procureur fiscal" du prieuré Nicolas Legay; celui-ci oeuvrait alors pour Jan Dehoria  le prieur en titre du prieuré du Pont celui-ci étant également docteur en théologie à Paris cela en sa Sorbonne. Jan Dehoria ou Jan Dehoris était déjà prieur du prieuré du pont en l'année 1612. Sous sa mandature, en la dite année 1612, sera alors fermier général du prieuré le sieur Jean Hamon sieur de Villeneuve, notable dinannais.  Au XVIII siècle le procureur fiscal du prieuré du Pont à Dinan [charge elle aussi souvent héréditaire] sera aussi le procureur de l’abbaye de Léhon rédigeant en icelle les actes de notre dit prieuré du Pont. En effet les dits prieuré et monastère, tous deux géographiquement  très proches l’un de l’autre,  étaient alors tous deux biens religieux de Marmoutier. Il en sera ainsi aussi pour le procureur Jan Lohier. [Au décès de ce dernier sera accepté par Marmoutier pour lui succéder son propre fils sieur de la Villeneuve, maître François-Marie Lohier, cette charge ayant été laissée vacante lors du décès survenu de son père. Pour ce faire François-Marie Lohier recevra de Marmoutier une procuration  : Et tout de suite ledit R. [révérent père] prieur a dit que par plusieurs lettres arrivées ce jour on avoit appris la mort funeste du sieur Lohier, procureur fiscal du prieuré de la Magdelaine du pont à Dinan, dont est titulaire Dom J.B. Dehent [dom Jean Baptiste Dehant], et dont ce monastère jouit, qu'il est nécessaire de remplir la place vacante et de donner une procuration aux fins de notre délibéré du 1er juillet dernier attendu que celle donnée audit Lohier n'a pas eu son effet. Sur ce délibéré, vu le raport avantageux qui nous a été fait de la personne de Maistre François Marie Lohier de la Villeneuve, fils du deffunt, par reconnoissance des bons services du père et vu le présent besoin d'agir aux fins de l'aresté du 1er juillet. Nous avons unanimement conclu que le fondé de procuration du prieur titulaire enverroit audit sieur Lohier fils le mandement de procureur fiscal et la délégation pour agir aux fins de nostre susdit arresté. Les présentes délibérations arrestées sous les siengs dudit R. père [du dit révérent père] prieur et de ses senieurs, les jours et ans que dessus. Frère R.Roüaud, prieur; frère J.J.Flosceau sous-prieur; Frère de Sageon senieur.[A.D.I.L. H366 page 75].                                                                                                                    Il en ira également ainsi aussi pour la charge de l’Alloué laquelle charge, en 1786, sera commune à la juridiction et de l’abbaye de Saint-Magloire de Léhon et à celle du prieuré du Pont à Dinan. Cette même charge en la dite année 1786 sera en effet laissée vacante au décès du sieur du Gage, à savoir au décès de Jean-Joseph Samson lequel,  avocat au parlement de Bretagne, était en effet aussi Alloué du Sénéchal et à Léhon et à la Magdelaine du Pont à Dinan : Au Révérend Père, le très Révérend Père Dom Geoffroy, prieur de l’abbaye royalle de Marmoutier les Tours, en Touraine à Tours, Monsieur le Tord m’a communiqué une lettre d’avis sur la place d’alloué dans votre juridiction de Léhon et de la Madelaine vacante par le décès de Monsieur du Gage, dans laquelle vous lui annoncez qu’on expédie ses provisions pour la première poste, comme voilà huit jours qui se sont écoulléz sans qu'il ait reçu aucunes nouvelles, il juque que ce ratardement ne peut être occassionné que par un oubli, où une fausse adresse à Dinan en Liège, au lieu de Dinan en Bretagne. Madame Letord [son père Pierre-Jean-Baptiste Tranchevent de la Fosse, sieur de la Fosse, était de métier avocat au Parlement à Rennes, et maire électif de Dinan] m'est venüe  en conséquence et à raison d'une indisposition de son mary, et m'a prié de voulloir bien vous prevenir de ce contretems, et vous assurer d'avance de toute reconnoissance qu'ils éprouvent en commun de la préférence que vous avez bien voulut leurs accorder, dans la sollicitation de cette place; ils sont pénétrés l'une et l'autre de la manière si délicate et si honneste avec laquelle vous leurs annoncés le désir et la volonté de les obliger, et m'ont chargés de vous offrir leurs respectueux hommages, ainsi qu'à Mrs. [messieurs] le cellerier et procureur. J'ai l'honneur d'être avec un profond respect. Mon révérend père. Votre très humble et très obéissant serviteur. Rimoneau, régisseur de Lehon ce 10 8bre 1786 [10 octobre 1786. ADIL H.280].               

    - Les Procureurs d'office: [Officier chargé de rassembler l'ensemble des informations relatives à un délit ainsi que de procéder à l'instruction à charge. Le procureur d'office sera lui attesté présent en la jurisdiction du prieuré de la Magdelaine du Pont à Dinan lors du procès ayant eu lieu le 18/12/1631 à l'encontre de Pierre Marot sieur du Motay. Lire ci-dessous...].                                

    - Le Sergent : [certaines de ces charges pouvaient êtres aussi exercées par des femmes ; il en sera ainsi pour cette même charge de Sergent. Chargé des mis en cause judiciaires et donc des emprisonnements le prieur possédant prison en sa maison principale,  le Sergent pouvait aussi avoir à instituer la balance des dépenses et des recettes. Il en donc ira ainsi en l’année 1593 pour Jeanne Bazin laquelle, alors veuve de feu maître Bertrand [ou Jan Bertin], était institeur sergente au bailliage du prieuré ; nous la verront en effet établir ou  instituer en l’année 1593 le Menu et le Rolle du prieuré soit le livre des dépenses et des recettes du bailliage de notre dit prieuré].

    - Le Notaires et leurs Greffiers : [au XVIII siècle les correspondances établies entre le prieuré  du Pont et son prieur du moment seront toutes rédigées entre le procureur fiscal du dit prieuré et le cellerier du Grand monastère de Marmoutier, à savoir Dom de Sageon. En effet celui-ci semble agir alors non plus au seul nom de l’intérêt du prieur mais au nom de celui du Grand monastère lui-même, monastère en lequel il est vrai résidait alors le dit prieur. Nous voyons très bien ici que les recettes du prieuré n’étaient alors plus perçues par le dit prieur du moment mais bel et bien par le seul monastère de Marmoutier].  

    - Enfin la charge du sénéchal et celle de son alloué : [Au XVIII siècle cette charge, celle-ci ayant pour première fonction celle de rendre la justice, cette charge  étant rendue en son absence par l’Alloué du Sénéchal, est toujours attestée être présente en le prieuré du Pont cela au travers de la personne de François-Pierre du Chalonge. Sieur de la Salmonais François-Pierre nait à Pleudihen le 05/10/1715 ; Avocat au Parlement à Rennes il eu pour aïeul l’écuyerJean du Chalonge  ce dernier ayant exercé de son vivant les charges d’avocat, notaire et procureur ; Jean sera aussi le sénéchal de la seigneurie de Beaumanoir en Evran. François-Pierre sera nommé sénéchal du prieuré du Pont lorsque cette charge sera elle transmise à son décès, cela le 17/05/1765, à noble homme Laurent Macé. Ce dernier, sieur des Prairies, fut lui aussi maire de Dinan après avoir été avocat à Paris ; son frère, noble messire Pierre-Marie Macé, sera lui de son vivant avocat au Parlement de Bretagne à Rennes mais aussi Procureur du Roi toujours à Dinan. La charge de l'alloué sera elle  confirmée ici même en l'année 1631 lorsque sera jugé par le dit alloué un procès pour meurtre. Ce meurtre mettra en scène Pierre Marot lequel, sieur du Mottay en Taden, propriétaire à la Magdelaine en la rue du Four, était le propre fils de Macé Marot hier procureur fiscal de notre dit prieuré; décédé âgé à l'âge de 69 ans, le 25/10/1678 exactement, Pierre Marot semble au regard de ce fait avoir été disculpé : Veu par Monsieur l'alloué de la jurisdiction du Prieuré de la Magdelaine du Pont à Dinan les procès verbaux faictz à la requeste de Monsieur le procureur d'office en icelle de la levée deu [du]corps mort d'un personnage nommé Lachenays, autrement Lenormant, homicidyë soubz le fief de la dicte jurisdiction portant permission d'informer du dict homicide. Et visitation faicte du dict corps par maistres chirurgiens jurés, requeste présantée par le dict sieur procureur d'office, pour obtenir et fairre publier monitions [avertissement officiel de l'autorité ecclésiastique] àffin de preuves, informations faictes et conclusions prises sur ce par le dict sieur procureur d'office. Et tout ce considéré il a esté et est ordonné [que] Macé Pasquer, Pierre Marot le Mottay [Pierre Marot sieur du Mottay. Ici peut-être le Mottay de Plouer] et Ancelot le Borgne trouvés chargés [chargés : lesquels sont ici incriminés] par le procédé cy desur certé [ci-dessus certifié] estre prins et saesys au corps [êtres pris et saisis au corps; êtres physiquement et réellement emprisonnés de fait] réaumant [réellement] et de faict, la part qu'ilz seront trouvés minps, et constitués prisonniers aux prisons de cette jurisdiction et au cas qu'ilz pauroyent estres apréhandés de leurs personnes, estres ajournés comparoir en personne et par arrest à jour et terme compétant [approprié] en l'audiance de cette jurisdiction pour estres ouys [entendus] et interrogués sur ce que résulte des susdites informations et autre procedure criminelle, et vers eux procédé comme apartiendra, leurs biens, meubles saesys et anottés pour estre régys[leurs seront saisis, répertoriés et administrés] et gouvernés par commissaires suivant les Ordonnances. Et pour fairre les exploictz en ce requis [et pour faire les écrits, les réquisitoires] sont commimps [sont commis, sont nommés], oultre les sergentz de cette jurisdiction tous autres de sieur de haut justicier, le premier requis. Faict de l'Ordonnance de mon dict sieur l'alloué, de la jurisdiction du prieuré d ela Magdelaine du pont à Dinan, le dix huictiesme jour deu moys de décembre mil six centz trante et ung. Haut justicier approuvé Lagay. [ADCA B 703].                         Comme nous venons de le voir ci-dessus l'une des citations d'un "sénéchal" propre à notre prieuré sera faite peu après le décès du sieur de la Salmonais Chalonge hier sénéchal de la dite juridiction du prieuré du Pont : Aujourd'huy dix septiesme de mai mille sept cent soixante cinq, le Révérend père Dom René Even, grand prieur de ce monastère, ayant assemblé ses senieurs dans sa chambre , leur a dit que plusieurs lettres confirmatives les unes aux autres, annoncent la mort du sieur du Chalonge Salmonais, sénéchal du prieuré de la Magdelaine du Pont à Dinan, dont est titulaire Dom Jean Baptiste Dehen et dont le monastère jouit, qu'il est nécessaire de remplir incessament la place vacante. Sur le délibéré, vu la raport avantageux qui nous aété fait de la personne de Maistre Laurent Macé, avocat au Parlement, nous avons unanimement conclu que Dom Sageon, cellerier de ce monastère, et fondé de la procuration du prieur titulaire, enverroit au dit sieur Macé le mandement de sénéchal dudit prieuré de la Magdelaine. La présente délibération arrestée sous les seings du dit Révérend père prieur et de ses senieurs les jour et an que dessus. Fr.R. Even [François-René Even], prieur; frère J.J. Flosceau, sous prieur; Fr. de Sageaon cellerier [François de Sageon. A.D.I.L. H386 page 77 V°].

     

    Charges souvent héréditaires [hormis bien sur pour les charges de fermier général et greffiers ces dernières étant acquises acquise, cela moyennant une rente annuelle, pour un bail renouvelable de plusieurs années] ces dernières étaient donc souvent exercées par des notables ayant pignon sur rue à Dinan. Il en ira donc ainsi pour Jean ou Jan Lohier ci-dessus lequel, procureur fiscal notamment de notre prieuré pour le Cellerier [cellerier, cellier ; celui qui s’occupait notamment de toute l’intendance et réserves qu’elles quelles soient] de Marmoutiers, fut aussi le Greffier de la seigneurie de la Garaye en Taden ; maire de Dinan il sera également notaire et procureur au Siège royal de Dinan. Nous voyons très bien ici, cela au travers du dit  sieur Jan Lohier, que les procureurs fiscaux du prieuré du pont à Dinan étaient presque toujours  issus de la haute et héréditaire bourgeoisie de Robe de Dinan. Son fils François-Marie Lohier sera, pour imager cela, lui aussi échevin, notaire et procureur fiscal au Siège royal de Dinan. Macé Marot cité ci-dessus,  donc de son vivant procureur fiscal du dit prieuré du Pont, sera lui le cousin germain de Raoul Marot des Alleu lequel, anobli par Henry IV, fut le possesseur de la dite seigneurie de la Garaye en Taden. Toujours pour illustrer cela Denise Marot, sœur du dit Macé ci-dessus, elle sera l’épouse de maistre Guillaume Legault, sieur de la Landeboulou en Lanvallay, Guillaume ayant été de son vivant Procureur-Greffier en chef au Présidial de Dinan mais aussi avocat du roi toujours à Dinan. Voici-donc ci-dessus la liste des différents officiers seigneuriaux et personnes ayant tous eu  pour métier l’une des charges propres à la gestion de notre prieuré.

    Le bailliage ou fief du prieuré du Pont, nommé parfois en certains actes écrits le « grand bailliage de Lanvallay », comprenait donc un ensemble de biens temporels relevant tous du prieuré, ensemble de biens telle la levée annuelle d’impositions appliquées sur les biens bâtis présents en sa juridiction seigneuriale par exemple, levée elle gérée par le procureur fiscal. Bien que le dit  Grand  baillage du prieuré s’étirait en la paroisse de Lanvallay le prieuré du Pont à Dinan possédait aussi toutefois d’autres biens temporels situés eux à l’extérieur de la dite paroisse de Lanvallay. Ainsi notre prieuré possédait-il des biens relevant de son fief seigneurial en la paroisse de Taden ceux-ci ayant cours en la terre de la Jossaie. Il possédait également d’autres biens temporels biens eux assis en les paroisses de Pleudihen et de Crehen, en la paroisse de Miniac et en celle de Plessis Balisson également. Nous comprenons très bien ici, toujours à la lecture de ce texte, qu’un même baillage ne se situait pas toujours qu’au seul sein de la paroisse en laquelle un même prieuré était lui assis…

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